Un « big bang bioéthique » est-il en préparation pour la fin de cette année 2019 ? Durant le courant de l’année 2018, les « États généraux de la bioéthique », organisés par le Comité consultatif national d’éthique, ont préparé le terrain de la révision de la loi de bioéthique initialement prévue pour la fin de l’année 2018. Les sujets sont sensibles : la fin de la vie, l’expérimentation sur les embryons ou la Procréation Médicalement Assistée. Sur cette dernière, le gouvernement a souhaité mettre en discussion l’élargissement de l’accès à la PMA aux couples de même sexe, comme aussi, de manière plus singulière, à toute femme vivant seule. En raison, officiellement, de « l’encombrement législatif », l’examen du projet de loi a été reporté à plusieurs reprises. Celui-ci devrait toutefois être adopté en conseil des ministres dès le mois prochain (juillet 2019) et être examiné au parlement à la rentrée, fin septembre 2019.

Entre le lancement des « États généraux de la bioéthique » en janvier 2018 et l’adoption prévue de la révision de la loi de bioéthique à l’automne 2019 s’est posé la question du positionnement des protestants sur la question.  La Faculté Jean Calvin a organisé à ce titre son carrefour théologique de l’année 2019, qui a eu lieu le 1er et 2 mars, sur la question spécifique de la PMA, en ayant préalablement défini le cadre de pensée suivant :

Pour celui qui est attaché à l’éclairage de la Bible, ce n’est pas directement l’intrusion de la technologie dans le processus de procréation qui pose un problème éthique, mais la possibilité qu’au travers de l’artifice technique soit descellée l’alliance des sexes, et bouleversé le cœur de la relation triangulaire qui caractérise la naissance de l’enfant : horizontale entre les deux sexes et verticale envers l’ultime Vis-à-vis qui donne la vie et qui la reprend.

De ce point de vue, il est des valeurs que le droit civil a pour vocation de promouvoir et protéger pour le bien commun: faite pour pallier des problèmes d’infertilité au sein du couple, la PMA ne saurait servir à suppléer à l’absence de conjoint, ou à l’impossibilité de relations avec un individu du sexe opposé. Elle ne saurait court-circuiter la reconnaissance de la finitude et de la complémentarité des deux sexes, qui ont besoin l’un de l’autre pour se réaliser et se reproduire.

La PMA ne saurait davantage devenir le fer de lance d’un « acharnement procréatif » : la revendication idéologique d’un singulier « droit à l’enfant », qui placerait l’enfant dans la position de « l’objet auquel on à droit », plus que dans celle de « sujet qui a des droits » (Matteï). Même au sein du couple hétérosexuel, elle n’a pas pour vocation de satisfaire la revendication (de type « prométhéen ») d’une forme de « toute puissance » sur la transmission de la vie.

Menacés aujourd’hui de disparaître, ce sont en particulier les droits de la paternité (déjà réduite à une paillette congelée) que la Loi doit protéger, comme aussi et d’abord les droits de l’enfant à naître, qui, pour construire son identité humaine, a besoin de racines : la référence assurée à l’existence de ses deux parents biologiques. Sur ce point, une avancée positive, pour la France, serait de rejoindre le cercle des pays européens qui ont reconnu les « droits de l’enfant à connaître la vérité de ses origines biologiques ». Pour la bioéthique française, ce serait certes une petite révolution, dont les modalités d’application devraient être soigneusement réfléchies. Mais soumises à une obligation de  transparence, les demandes de PMA ne connaîtraient-elles pas une première forme essentielle de régulation ?

À défaut d’une référence à la Bible, à laquelle il n’est pas admis en France que le législateur fasse directement écho, n’est-ce pas aux droits et besoins des plus faibles, les enfants à naître, qu’une politique courageuse se devrait aujourd’hui de donner le dernier mot ?

En attendant la publication écrite qui sortira de presse en 2020, l’intégralité des conférences plénières ainsi que l’atelier sur la théorie du genre sont aujourd’hui mis à disposition du grand public pour aiguiller la réflexion sur la question en présentant, sinon « le » regard protestant sur la PMA, « un » regard sur cette question débattue.

Les conférences sont présentées sur cette page dans l’ordre dans lequel elles ont été données le 1er et 2 mars.

Introduction au sujet et à ses enjeux, Michel Johner

 

La diversité des modèles de parenté dans le monde de la Bible, Rodrigo de Sousa

 

Le portrait de la femme stérile dans l’Ancien Testament, Antony Perrot

 

États généraux de la bioéthique, avis du CCNE, mission d’information parlemen-taire. État des lieux et réflexions éthiques et pastorales sur la PMA et la GPA., Marjorie Legendre

 

l’altérité homme-femme et l’image de Dieu , Henri Blocher

 

La filiation adoptive dans les écrits bibliquesrelativise-t-elle l’importance de la filiation biologique?, Donald Cobb

 

 

L’adoption comme choix alternatif à la PMA ? Les idéaux et la réalité, Matthieu Arnéra

 

L’accompagnement pastoral des couples en mal d’enfant, Jean-Philippe Bru

 

La « théorie du genre » : une évaluation théologique, atelier donné par Henri Blocher

NB : l’atelier se termine à la 50e minute, le reste de l’enregistrement n’est que le temps de transition avant la conférence suivante.

 

Regards croisés sur la PMA d’une épouse protestante et d’un époux catholique, Michel Johner

 

Vers une éthique protestante de la PMA : « pourquoi », « comment », « et alors » ?, Pierre-Sovann Chauny

 

Bonne écoute !