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Fuir la faiblesse ? Méditation sur le prophète Élie

Publiée le 17.03.2021

Qui de nous n’a pas ressenti le découragement d’Élie ? En 1 Rois 19, le prophète est abattu au point de vouloir mourir (v. 4). Pourtant, quelques jours auparavant, il avait remporté une victoire éclatante sur les prêtres de Baal – Baal, le dieu de l’orage et de la fertilité, souvent représenté dans l’Antiquité avec une lance à la main en forme d’éclair. Le Dieu d’Israël avait alors manifesté sa puissance sur les éléments en envoyant du ciel un feu dévorer l’offrande d’Élie (1 R 18.21-40). Puis il a amené la pluie après avoir fermé le ciel pendant trois ans et demi, faisant venir à nouveau la fertilité dans le pays (v. 41-46). Ce que Baal ne pouvait faire, le Dieu d’Élie l’avait accompli !

Mais Élie est convaincu que son ministère est un échec, que ses efforts n’ont été qu’un coup d’épée dans l’eau (19.10). Et si le plus grand problème était la compréhension qu’Élie a de Dieu ? C’est tout le message de ce qui suit, en haut du mont Horeb. Dans les phénomènes fracassants qui se déploient devant ses yeux, le prophète ne verra pas le Seigneur :

Un grand vent violent déchirait les montagnes et brisait les rochers devant l’Éternel : l’Éternel n’était pas dans le vent. Après le vent, ce fut un tremblement de terre : L’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, un feu : L’Éternel n’était pas dans le feu. Enfin, après le feu, un son doux et subtil » (1R 19,11-12).

Dieu est présent là où Élie ne l’attend pas ! Le prophète doit encore apprendre que YHWH, le Dieu de l’alliance, n’est pas simplement « un Baal en plus grand ». Le vrai Dieu peut être présent et agir dans – traduisons littéralement – « un maigre bruit de silence », un simple chuchotement ! Et même à l’abri des regards humains, il peut faire avancer ses desseins, discrètement, souverainement (v. 18).

Il y a là une leçon toujours d’actualité. Les sociologues font régulièrement remarquer que la culture de « l’ultra-modernité » est de plus en plus évidée de son héritage religieux pratiquement deux fois millénaire. L’Église est de plus en plus rejetée aux marges de la société. Sommes-nous tentés de penser qu’une telle situation est synonyme d’échec divin ? Dieu voit les choses autrement !

Aussi étrange que cela puisse paraître, d’une certaine façon au moins, Dieu le veut ainsi. Car le Dieu d’Élie est aussi le Dieu de Jésus-Christ, celui qui a eu pour dessein de montrer sa force et sa sagesse précisément par la folie de la croix (1 Co 1.21-25). Et si la fragilité de l’Église – et de ses institutions théologiques – devait manifester le caractère du salut divin ?

Non pas que nous puissions nous complaire dans une quelconque médiocrité morale ou éthique ! Et nous devons aussi aspirer à la multiplication, à la croissance et à l’affermissement de nos communautés. Mais la faiblesse fait bien partie de notre ressemblance à celui qui nous a devancés : « Si quelqu’un veut venir après moi…, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mt 16.24). Disons donc avec l’apôtre : « Je me glorifierai de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi ; car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,9-10) !

Donald COBB, professeur de grec et de Nouveau Testament

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