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De l’imagination à la Faërie

Publiée le 06.09.2022

Pour beaucoup, le mot « mythe » signifie fable ou fantaisie. L’histoire est réelle, et une histoire est une histoire. Yannick Imbert contesterait cela. Tout comme J. R. R. Tolkien, qui fait l’objet de ce merveilleux ouvrage. Le lien, surprenant, entre un imaginaire mythique et l’histoire de l’Angleterre a été la quête de toute une vie de Tolkien. Tolkien a estimé qu’il était temps d’établir un lien plus important.

Les lecteurs et les cinéphiles peuvent être surpris de découvrir de telles profondeurs. Leur amour des histoires, du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion, sera grandement renforcé s’ils prennent le temps de se plonger dans ce livre. Beaucoup d’entre nous ont été éblouis par l’œuvre de Tolkien. De façon contre-intuitive, après une carrière apparemment obscure de philologue ayant un fort intérêt pour la mythologie, il est devenu une rock star moderne, grâce à la popularité du Seigneur des Anneaux. Des noms comme Frodo, Gandalf et Sauron sont devenus des mots familiers. Il y a même une école à Washington qui s’appelle Rivendell. Au moins deux de nos amis ont appelé leur fille Éowyn. L’histoire est devenue un film à succès. D’où vient ce phénomène ? Yannick Imbert nous l’explique.

Cette étude n’est pas à prendre à la légère. Le Dr Imbert nous plonge dans la pensée et le parcours de Tolkien, nourri de plusieurs influences, dont certaines peuvent être inconnues des lecteurs modernes. Il nous présente quelques-unes des principales inspirations de ses vues. Certains d’entre eux sont aujourd’hui oubliés des spécialistes de la langue victorienne. Friedrich Max Müller (1832-1930) est considéré comme le père de la théorie scientifique de la religion. Müller était préoccupé par le déclin de la piété et la montée de la laïcité à son époque. Bien qu’il n’ait jamais déprécié la Bible, il s’intéressait vivement aux différentes religions, notamment à l’hindouisme. Il dépréciait le folklore comme une « maladie du langage ». Son importance pour comprendre Tolkien réside dans l’attention qu’il porte au langage en tant que clé des visions du monde. L’un de ses principaux critiques était Andrew Lang (1844-1912), qui pensait que la raison humaine triompherait progressivement des superstitions mythiques.

L’influence la plus décisive sur Tolkien fut l’unique Owen Barfield (1898-1997). On se souvient de Barfield comme d’un ami proche de C. S. Lewis, qui l’a conduit au Christ, et d’un membre prédominant des Inklings, le groupe d’étude unique qui a lu et analysé des manuscrits ensemble pendant des décennies. Selon sa philosophie, le langage, le mythe et la perception ne faisaient qu’un à l’origine. Il va plus loin en affirmant que les sens littéraux et métaphoriques du langage étaient à l’origine inséparables. Par exemple, le mot pneuma signifiait à la fois souffle, esprit, vent et principe de vie (p. 115). Ils se sont ensuite fragmentés, et le mythologue doit s’efforcer de découvrir leur unité originelle. Ainsi, il a fortement contesté Müller. Bien qu’il accepte certaines parties de la théorie de l’évolution, il pense que le « langage primitif » est tout aussi riche, sinon plus, que le langage moderne.

La signification du titre du livre peut laisser perplexe les lecteurs qui ne sont pas familiers avec la tradition des contes de fées. L’imagination est le trait humain qui relie les idées à la réalité. La Faërie est l’endroit où toutes les bonnes choses arrivent.

La contribution la plus importante du Dr Imbert est peut-être de retracer l’influence de Thomas d’Aquin sur l’approche de Tolkien. Tolkien était un catholique romain convaincu, et bien qu’il ne discute pas spécifiquement de ses vues théologiques, il est clair que les vues de Thomas sur la théologie naturelle et sa compréhension de ce que les protestants appellent la « révélation générale » sont palpables. Son programme de « sous-création » est très proche de ce que Thomas dit de la réplique créée du modèle divin. Il était en cela proche de son collègue C. S. Lewis qui, pourtant, est resté anglican.

Le Dr Imbert nous a livré un ouvrage majeur d’histoire intellectuelle. Il répond à de nombreuses questions et en soulève un certain nombre d’autres. Pourquoi n’y avait-il pas de tradition de la mythologie anglaise avant lui ? Pourquoi la Finlande a-t-elle développé l’une des plus riches ? Existe-t-il une tradition mythique française significative ? Qu’est-ce qu’un protestant français, comme lui, peut admirer exactement dans le thomisme ? Un deuxième livre est peut-être à l’ordre du jour. Merci pour ce premier, une étude si éclairante.

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William Edgar
Professeur émérite d’apologétique
Séminaire théologique de Westminster
Professeur associé Faculté Jean Calvin

Article originellement publié sur le blog de la Huguenot Fellowship

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